Toonami France a – de manière officieuse – annoncé la diffusion de la version française de Dragon Ball Super pour le 17 janvier 2017. Ce fut donc l’occasion idéale d’en apprendre beaucoup plus sur cette version, qui paraîtra dans moins d’un mois sur nos écrans !

De ce fait, nous sommes partis interviewer Anthony Panetto, l’un des auteurs de la version française de la série. Se définissant comme un « tradaptateur », et ce à juste titre, et disposant d’un CV qui en ferait rougir plus d’un, (auteur de 72 épisodes de One Piece ou de 13 épisodes de How I Met Your Mother entre autres) ce dernier a bien voulu répondre à quelques unes de nos questions, dans une interview en coopération avec Dragon Ball Super – France

Image non-officielle réalisée par Dr.Murow

 

Interview avec Anthony Panetto, auteur VF de Dragon Ball Super.

Combien d’épisodes ont déjà été traduit ?

52 épisodes (ndlr : Nous amenant au 6ème épisode de l’arc Trunks du Futur, avec la fameuse réunion maître – élève entre Son Gohan et Trunks du futuront été achetés pour le moment. À la mi-décembre, les 52 épisodes auront été adapté et doublés en français. Nous étions 5 auteurs au départ, puis 4. Chacun a adapté une dizaine d’épisodes. (ndlr : L’auteur Anthony Panetto, ici-interviewé, en a adapté onze.)

Lorsque vous traduisez, quel est votre support ? Tōei Animation vous envoie-t-elle le scénario de l’épisode en japonais ? Sur Dragon Ball Ultimate, nous avons réalisé une petite étude qui tend à montrer que les auteurs – notamment au Portugal et à Israël – se basent sur des fansubs anglaises…

Pour doubler un épisode de Dragon Ball Super, on reçoit la vidéo en japonais avec un script qui a été préalablement traduit en anglais (avec parfois des notes du traducteur japonais-anglais destinées à expliquer certains choix de traduction ou expliciter des jeux de mots ou des références culturelles). Pour les animés japonais, on adapte à partir de l’anglais. Il existe très peu adaptateurs audiovisuels japonisants (qui travaillent donc directement à partir du japonais). Les chargés littéraires et éditoriaux de Tōei Europe, eux, sont bilingues français-japonais, et relisent notre script français (sans passer par l’anglais) et font les modifications nécessaires pour respecter au maximum le japonais. On reçoit les corrections, on vérifie qu’elles rentrent en bouche, niveau longueur (synchronisme isochrone) et une fois que tout est validé, la rythmo est envoyée au client pour l’enregistrement. 

 

Des traductions basés sur des fansubs anglaises au Portugal ?

Bien que nous ne doutons absolument pas de la bonne foi de l’auteur français, il est nécessaire de rappeler qu’au Portugal, des erreurs de traductions basés sur des fansubs anglaises ont été réalisées, notamment lors des épisodes N°4 et N°5…

Ainsi, dans l’épisode N°5, une mauvaise équipe de fan avaient mal traduit une réplique de Son Goku, en lui faisant dire : « On dit que les attaques d’un Super Saiyan 2 peuvent vous envoyer dans une autre dimension ». La vraie version n’a bien évidemment rien à voir…

super-saiyan-2

 

Suite de l’interview avec l’auteur Anthony Panetto.

Regardez-vous la série en VOSTFR pour « tâter le terrain » et voir quelles adaptations / quelles traductions ont été utilisées par les fansubs françaises ?

Si j’ai le temps, je regarde un peu la série. En tout cas, je regarde au minimum l’épisode précédant celui que j’adapte, histoire de tout bien comprendre à l’histoire et aux enjeux (à l’aide des scripts anglais qui nous sont fournis). Mais je ne regarde pas les versions fansubbées (qui, je le rappelle, constituent trois violations du Code de la Propriété Intellectuelle : celui de récupérer un programme audiovisuel illégalement, celui de traduire ledit programme sans l’accord des ayants droit, et celui de le mettre à disposition illégalement sur Internet). En revanche, j’essaie de lire ce que les fans peuvent raconter sur les épisodes et les personnages sur les forums et j’échange avec mes collègues sur la série. Nous faisons des propositions pour les attaques, les noms des personnages et certains autres termes, mais au bout du compte, c’est la Tōei qui a le dernier mot. J’ignore si les chargés littéraires regardent comment les fans ont traduit telle ou telle chose, mais ils doivent sans doute être en contact avec le Japon pour la validation de certains termes.

Avez-vous l’honneur d’être dans les studios lorsque les comédiens comme Éric Legrand ou Patrick Borg enregistrent les épisodes que vous avez traduits ? Si oui, pouvons-nous avoir une idée du nouveau casting ? Par exemple, pour les guerriers de l’Univers N°6, ou bien encore les personnages inédits de l’arc Trunks du futur…

Quand j’ai le temps, j’essaie d’aller en enregistrement. Ça permet de voir s’il y a des problèmes de texte et, le cas échéant, de faire de nouvelles propositions à la volée. Un comédien pourra, d’instinct, avoir envie de changer un mot pour que la réplique soit plus fluide, plus naturelle. L’instantanéité du comédien peut être gage de naturel. Par contre, le comédien n’a pas de vue globale du programme qu’il double puisqu’il ne voit que les boucles* dans lesquelles son personnage intervient. Et en modifiant un mot, il peut parfois mettre à mal des scènes qui se répondent en écho ou autre. Le garant de l’intégrité du texte, c’est d’abord et avant tout l’auteur parce qu’il a travaillé sur tout l’épisode et qu’il y a passé du temps. Le directeur artistique est le seul autre intervenant à avoir vu l’intégralité de l’épisode et qui va diriger son équipe en conséquence.
Pour Dragon Ball Super, il y a dû avoir 5 ou 6 sessions d’enregistrement et je suis allé en plateau lors de deux demi-journées avec une collègue. J’ai pu croiser Patrick Borg, Éric Legrand, Benjamin Pascal et Bruno Magne. La distribution des comédiens n’est jamais communiquée aux auteurs, les informations que j’ai sont déjà connues. Je n’en sais pas plus. Il faudra attendre le 17 janvier 2017 pour découvrir les voix !

Avez-vous opéré une traduction des génériques d’ouvertures et de fin de la série ? Au Portugal et à Israël (seuls pays pour l’instant à diffuser les épisodes de Dragon Ball Super), ils ont été traduits et doublés !

À ma connaissance, les génériques n’ont été ni traduits ni doublés en français. En tout état de cause, on fait souvent appel à des paroliers plus spécifiquement pour traduire des chansons. Néanmoins, la mode n’est plus vraiment de doubler les génériques de dessins animés japonais, à moins qu’ils s’adressent vraiment à de très jeunes enfants.

 

C’est donc la fin de l’interview. Merci infiniment à Anthony Panetto de nous avoir accordé un peu de son précieux temps pour répondre à nos questions. Si vous avez d’autres questions concernant la VF, faites-les nous parvenir sur Twitter ou Facebook, et nous essayerons de les lui poser.

Concernant Dragon Ball Super et Toonami France, DBU aura du nouveau pour vous dès la semaine prochaine !

 

*Avant d’être adapté, un programme audiovisuel est découpé en plusieurs boucles. Ce sont de courtes séquences qui font entre 10 et 50 secondes environ.