Aujourd’hui, nous vous proposons une petite interview de Fédoua Lamodière, traductrice chez Glénat (l’éditeur francophone) , qui a notamment réalisé toutes les traductions françaises des mangas Dragon Ball depuis l’édition deluxe. Il y a donc eu aussi la Perfect Edition, les Anime Comics des films, ou encore Jaco, The Galactic Patrolman, le manga préquel de Dragon Ball

Afin d’en savoir plus sur l’édition française et le fonctionnement de son travail de traductrice, nous lui avons posé quelques questions que nous vous partageons :

Interview de Fédoua Lamodière

Note : Les diverses questions ont été posées par des intervenants différents afin d’apporter de la variété.

Cold Skin (Concernant le manga Dragon Ball Super) : Pourquoi un tel délai entre la finalisation de votre traduction et la publication par Glénat ? (Votre traduction pour le volume 1 étant terminée depuis quelque temps, alors que le volume ne sortira qu’en avril.)

Fédoua Lamodière  : Pour les détails techniques, il faudrait poser la question directement à Glénat. Je ne suis pas très au courant de tout le processus qui suit le rendu de la traduction, tout ce que je peux vous dire c’est que le maquettiste a lettré le volume peu après l’envoi de la trad, ensuite il faut inclure plusieurs étapes de correction, relecture, etc., et je suppose qu’il y a certains délais à prévoir vis-à-vis de l’imprimeur, mais je n’en sais pas plus !

Cold Skin : Le studio Glénat vous a-t-il déjà imposé des modifications sur certaines de ses répliques traduites ou sur certaines adaptations de noms ? (Pour l’animé, Tōei Animation a souvent le fin mot : Par exemple, pour l’adaptation de Gokū Black, Tōei Animation impose aux traducteurs étrangers de prendre « Black Goku »).

F.L. : En règle générale, j’ai le champ assez libre. Il arrive que certaines phrases soient reformulées au moment de la relecture, mais c’est léger. Un cas particulier a été la Perfect Edition, où on s’est réunis à plusieurs avec l’équipe de Glénat pour se concerter et établir une bible des noms de personnages, mais rien ne m’a été imposé. En revanche, pour l’anime comics de Battle of Gods, quelques noms ont été changés par rapport à ma traduction. J’ai supposé que c’était un souhait de Toei Animation, mais je n’ai pas le fin mot de l’histoire.

 

Gokuda003 (DBU, DBTimes) : La Perfect Edition reprend bien la traduction réalisée pour l’édition deluxe, je me trompe ? On peut y avoir quelques différences, des remaniements de trads ci et là et aussi la disparition de tous les suffixes japonais, et également (à ma grande surprise) de tous les accents et/ou macrons quels qu’ils soient. Comment s’est déroulé l’adaptation française de la Perfect Edition et comment a été décidé les choix d’adaptations nouveaux de cette édition ?

F.L. : Oh ! Enfin quelqu’un qui remarque que c’est la traduction de l’édition deluxe revisitée ! 😉 Il faut savoir que l’édition deluxe est sortie il y a une quinzaine d’années, et qu’à l’époque, ce n’était pas du tout les mêmes personnes qui composaient l’édito manga chez Glénat. Je me souviens avoir dû lutter au début pour ne pas avoir à reprendre les noms des personnages version Club Dorothée, mais ensuite, j’ai eu carte blanche. Mon idée – de jeune traductrice débutante, hem – était de proposer aux lecteurs français une traduction la plus proche possible de la version japonaise, d’où les nombreux japonismes, suffixes -kun, -chan, -sama… Avec la Perfect Edition (et la nouvelle équipe), il avait été décidé de rendre la traduction plus accessible et fluide : suppression des suffixes, mais également des allongements (accents circonflexes en l’occurrence) qui alourdissent la lecture pour un public non-japonisant. Pour ma part, j’aime conserver les allongements, parce que ça peut changer radicalement le sens d’un mot en japonais. Mais je remarque que de plus en plus, les éditeurs tendent à les supprimer car ça ne signifie rien pour les lecteurs français. Pour les autres remaniements, j’ai juste dépoussiéré mon ancienne traduction qui avait déjà presque dix ans… Je crois que si j’en avais l’occasion, je referais la trad de DB tous les ans tellement je trouve des détails à changer à chaque fois… ^^’

 

Noham-El : Êtes vous en relation avec les auteurs de la version française de l’animé, dans le but d’échanger des idées d’adaptations, ou les deux versions sont distinctes à 100% ?

F.L. : Non, les milieux de la traduction de manga et de l’animation ont l’air assez cloisonnés. (Je n’ai jamais traduit d’anime, par exemple.) Je n’ai pas la chance de connaître les auteurs de la VF, mais même si c’était le cas, je ne sais pas si les délais nous permettraient d’avoir suffisamment de temps pour échanger dans de bonnes conditions. Bref, je suis en tête-à-tête avec moi-même et j’espère à chaque fois proposer une version à la fois personnelle et qui saura contenter un maximum de monde. 😉

 

Ray-59 : Comment traduisez-vous ? Directement à partir du japonais, ou Shūeisha vous envoie une version déjà traduite en anglais, à la manière de ce qui se fait pour la version animée ?

F.L. : Je traduis à partir du manga japonais. Et même si une version anglaise était fournie (je n’ai jamais connu ce cas de figure pour un manga, peut-être que c’est spécifique à la traduction d’anime), je n’aurais pas envie de me baser dessus, parce qu’avec une traduction de traduction, au final, on perd pas mal de détails. Je préfère travailler à la source.

 

Question subsidiaire : Dragon Ball Super introduit une flopée de nouveaux personnages dans ses deux premiers tomes. Pouvez-vous déjà nous faire part de vos choix d’adaptations ?

F.L. : Quoi, vous voulez que je vous spoile les nouveaux noms de persos ?!! Il va falloir patienter jusqu’en avril ! 😉 Plus sérieusement, j’ai toujours à cœur de proposer une adaptation qui permette aux lecteurs français de saisir les (nombreux) jeux de mots présents dans les noms des personnages de DB. Parmi les nouveaux, on trouve les dieux de la destruction et leurs serviteurs, où il fallait faire ressortir l’alcool de référence pour chacun : la bière pour Beerus, le whisky pour Whis, le champagne pour Champa, le calvados pour Vados… Bon, là c’est assez facile ! Allez, un autre exemple parce que les Saiyans sont chers à mon cœur : celui de l’univers 6 faisant référence au chou, « cabbage » en anglais, il s’appellera Cabbé.

Remerciements

Merci à Fédoua Lamodière pour cet entretien et ses nombreuses réponses éclairées. 😉

Interview recueillie par Psykomatik pour DragonBall-Ultimate.com