Dragon Ball : Kin’iro no Senshi – Interview de Tadayoshi Yamamuro

Dragon Ball Anime Illustration Collection :

Konjiki no Senshi (Le Guerrier Doré)

Dragon Ball : Konjiki no Senshi

Dragon Ball Back Then, vol.2

Entretien avec Tadayoshi Yamamuro, Character Designer sur Dragon Ball Z.

J’adore la réplique « Bon, bah… tant pis ! » (ま いいか!, Ma ii ka !). Il y a une spontanéité en Gokū qui lui permet d’être le seul à dire ça.
Tadayoshi Yamamuro

Profil de Tadayoshi Yamamuro

Animateur, il était aussi Character Designer sur les séries animées Dragon Ball et superviseur de l’animation. Il est surtout connu pour son travail sur One Piece (superviseur de l’animation) et Beet, the Vandel Buster (Character Designer, superviseur de l’animation).

Interview de Tadayoshi Yamamuro

Que pensez-vous de l’attrait de Son Gokū, le héros de Dragon Ball ?

Je pense qu’il possède un esprit très simple. Il n’est pas du genre à se soucier des choses futiles qui peuvent obséder les gens ordinaires. Il dit simplement « Bon, bah… tant pis ! » et il passe à autre chose (rires). C’est pour cela que « Bon, bah… tant pis ! » est l’une de mes répliques préférées. Je pense qu’on peut dire qu’un message fort émane de Gokū lorsqu’il prononce ces mots… peut-être à cause de son cœur pur. Désolé d’être aussi abstrait.

Alors vous avez réalisé les designs pour quelques personnages inédits apparaissant dans les films ?

Souvent, l’ébauche était tout ce que nous avions. Toriyama(-sensei) regardait les esquisses des designs que nous avions élaboré et apportait des corrections. Par exemple, avec le Janemba transformé (note : l’ennemi du film « La Fusion de la résurrection !! Gokū et Vegeta »), la consigne du staff de l’animé était « un ennemi d’allure démoniaque », alors j’ai esquissé un design avec des spirales entourant les bras et les jambes et je l’ai montré à Sensei. Il l’a vérifié, l’a renvoyé et c’est ainsi devenu le vrai design de Janemba transformé. Du coup, les espèces de vaisseaux sanguins en forme de spirales proviennent bien de l’esquisse initiale.

Parlez-nous de l’attrait des œuvres de Toriyama dans ses nombreux designs.

Je suis très surpris par toutes les choses qui émanent des designs de Toriyama-sensei. En parlant des films, il y a les Character Designs que Toriyama-sensei a réalisé pour Bōjack et ses sbires (note : les ennemis provenant du film « La Galaxie au bord du chaos !! L’extraordinaire destructeur »). Normalement, on pense qu’ils auront des tenues futuristes, mais dès le départ, ils avaient l’air de pirates. Mais il y a des règles à ses designs. Si vous regardez attentivement chacun des membres du gang de Bōjack, ils ont tous le même design de bottes et de ceintures alors qu’ils ont chacun une silhouette différente, vous pouvez tout de suite comprendre qu’ils font partie de la même bande. Les designs de Sensei sont si complets, si bien pensés, qu’il ne paraît pas étrange de les utiliser tels quels pour l’animé en tant que matériel de référence, sans rien changer. J’avais juste à les photocopier (rires). De toute évidence, les aptitudes de Toriyama-sensei au dessin sont incroyables. La manière dont il met en scène une seule case du manga est surprenante d’habileté, si bien que même en pleine scène d’action on comprend où les ennemis et les alliés se situent les uns par rapport aux autres.

À quand remonte votre premier travail sur une œuvre de Toriyama ?

J’ai réalisé l’animation clé de la seconde moitié du film « Dr Slump – Arale-chan ». Autrefois, j’ai suivi une formation dans un temple Shaolin, alors quand un combattant appelé Tsun Tsukutsun utilisant le Kempo est apparu, j’ai pensé combien j’aurais aimé travailler sur une série d’action de ce genre. Et c’est à peu près à ce moment que commençait Dragon Ball. Je me suis alors dit « Très bien ! » (rires).

Gokû chara-design

Character Design de Tadayoshi Yamamuro pour Gokū normal


 

Pensez-vous que votre expérience des vrais arts martiaux a influencé la manière dont vous dessinez les scènes d’action ?

L’expérience que je possède dans ce domaine m’est très utile lorsque les personnages prennent une position de combat ; Peut-être que mes connaissances dans les arts martiaux me servent de référence lorsque je dessine les muscles. Cependant, concernant la chorégraphie des combats, si je la représente simplement comme si c’était des arts martiaux véritables, le rendu ne serait pas vraiment le bon. Même dans les films d’action, j’ai entendu dire que le célèbre Bruce Lee avait dû ralentir un peu sa manière de combattre pour un meilleur rendu.

Toriyama-sensei semble être un très grand fan de Bruce Lee. L’êtes-vous aussi ?

J’aime tellement « Enter the Dragon » (note : « Opération Dragon » en France), le film le plus connu de Bruce Lee, que j’en ai oublié le nombre de fois que je l’ai vu (rires). Quand Gokū devient un Super Saiyan pour la première fois, sa pose inclinée avec le visage renfrogné et l’expression dure dans ses yeux rappelle vraiment Bruce Lee. La raison pour laquelle je voulais vraiment dessiner Gokū, c’est probablement parce que je trouvais que l’impression donnée par ses yeux était la même que celle de Bruce Lee (rires). C’est pour cette raison que la scène où il se renfrogne après être devenu un Super Saiyan m’a laissé cette impression.

Gokū apparaît enfant, puis il devient un jeune homme et un Super Saiyan. Quel est votre Gokū préféré ?

J’apprécie le premier Super Saiyan plus que tous les autres. Chaque semaine durant le combat contre Freeza, j’étais vraiment très excité en lisant les chapitres, exactement comme les autres lecteurs réguliers. Par contre, ceux qui faisaient partie du staff qui travaillaient sur l’animé avaient accès aux esquisses préliminaires de Toriyama-sensei, alors je pouvais les découvrir avant les lecteurs réguliers (rires).

Quelle forme de Gokū était difficile à dessiner pour vous ?

Gokū Super Saiyan 3 était difficile. Je ne pense pas à ses nombreux cheveux, mais aux expressions de son visage. Même si son visage avait changé, je devais toujours le représenter de sorte à ce qu’il s’agisse toujours de Gokū et c’était fastidieux. J’ai vraiment dû le dessiner en pensant très fort « C’est Gokū ! » (rires). Bien que j’apprécie Gokū enfant, j’étais débutant à cette époque, alors je rencontrais des difficultés avec lui. Quand il s’agit d’animation, on doit donner l’impression que les personnages bougent en 3 Dimensions, mais il est délicat de donner cette impression avec des traits ronds. Dans le manga, on peut donner cette impression de 3D avec des lignes qui expriment le mouvement. Par exemple, quand le visage de Gokū enfant tourne, il est difficile d’imaginer où les traits de ses joues rondes doivent se trouver par rapport à là où ils étaient avant.

Quel autres personnages appréciez-vous en dehors de Gokū ?

Il y a Piccolo-san. J’apprécie la manière dont il est devenu un allié parce qu’il a été influencé par Gohan alors qu’il était pourtant un ennemi. Vegeta est un peu pareil mais je pense que la manière dont il passe d’ennemi à allié doit plaire aux garçons. Quand il croise les bras, il a vraiment l’air d’un petit garçon (rires). Il y a Freeza aussi ; C’est un ennemi redoutable. J’apprécie sa forme initiale. Sa forme finale était plus difficile à dessiner, alors elle m’a marqué davantage (rires). Cette forme finale a un design simple, alors si la position de ses yeux ou de son nez est un tout petit peu décalée, ça rend vraiment mal. Avec un personnages qui possède davantage de détails, on peut camoufler cela.

Character Design de Son Gokū Super Saiyan par Tadayoshi Yamamuro


 

Une fiche de référence réalisée par Yamamuro-san montrant Gokū aux alentours de l’Arc Cell (tout comme la fiche de référence plus haut). Elles étaient utilisées pour les films et pour la série animée en tant que matériel de référence ultime. Yamamuro-san a aussi créé le design de nombreux personnages ennemis des films.

 

Vous avez dessiné de nombreuses affiches pour les films aussi. Y en a-t-il une dont vous êtes particulièrement fan ?

Il y a le poster dessiné à l’époque de Janemba (voir pages 72-73 (note : de l’artbook « Konjiki no Senshi »)). Il est différent des posters dessinés jusqu’alors. J’avais dû me focaliser sur la manière dont je pourrais dessiner quelque chose de nouveau, alors je me suis lancé le défi de donner un côté crayonné à cette affiche. Je l’ai dessinée sur une planche plus large, alors je crois que ça m’a pris une semaine entière pour dessiner seulement Gokū et Vegeta en arrière plan.

Poster du 12ème film Dragon Ball Z

Poster du 12ème film Dragon Ball Z


 

C’est vraiment une image impressionnante. Qu’est-ce qui, selon vous, est positif dans votre implication sur l’animé Dragon Ball ?

Je pense que c’est le fait que j’ai été impliqué pensant si longtemps et le fait que j’ai pu devenir superviseur de l’animation. Quand l’animé allait se terminer, j’ai pensé que ce serait la dernière fois que je dessinerais Gokū, mais peu après, je l’ai dessiné pour des calendriers et des cartes et je me suis dis à nouveau « Ok, je pense que cette fois, c’est bien la dernière ». Mais maintenant, je dessine Gokū pour les jeux vidéo et les DVDs… (rires). Je suis ravi de pouvoir dessiner Gokū même après m’être dit « c’est terminé » tant de fois.

Dragon Ball a conservé sa popularité avec de nouveaux produits constamment vendus. En tant que membre du staff de l’animé, qu’est-ce qui explique cela selon vous ?

Peut-être est-ce la manière dont la licence a traversé les générations, par conséquent, n’importe qui peut ressentir la même chose à propos de Dragon Ball. Tout le monde apprécie les gens puissants, non ? Et Gokū combat pour devenir puissant. Il est incontestablement puissant et je pense que son attrait vient du fait que les gens se prennent d’affection pour lui à cause de ça. D’autre part, être directeur de l’animation consiste à combiner les dessins d’animations des autres animateurs. En les regardant, c’est étrange, mais on peut dire que du Ki émane de ces dessins et que j’en collecte l’énergie (genki). Ce n’est pas le Genkidama, mais je me dis ; « J’ai fait ce travail en collectant le Ki de tous les autres membres du staff. Impressionnant ! ». Cette impression d’énergie réside aussi dans l’œuvre originale de Toriyama-sensei et les lecteurs peuvent le sentir. Je pense que c’est la raison pour laquelle Dragon Ball est resté populaire.